Le chef Santtu-Matias Rouvali dirige l’Orchestre philharmonique de Radio France dans « Prélude à l’après-midi d’un faune » et « Petrouchka »: organique et anatomique

C’est la 7e fois, depuis 2013, que le jeune chef finlandais Santtu-Matias Rouvali dirigeait l’Orchestre philharmonique de Radio France. L’écoute envoutante de son dernier enregistrement CD de la 1re Symphonie de Sibélius, avec le Gothenburg Symphony, nous a mis la puce à l’oreille. L’occasion pour moi, lors de cette soirée de concert, de découvrir enfin ce jeune chef et de le voir diriger des oeuvres de Debussy, Elgar, et Stravinsky. 

À un journaliste de France Musique qui l’interrogeait avant le concert, Santtu-Matias Rouvali répond qu’il a voulu venir à Paris ne serait-ce que « pour entendre comment (l’orchestre) joue » Debussy. Signe d’une parfaite collaboration jusqu’à ce jour entre l’orchestre et le chef, Rouvali ajoute que les formidables solistes de l’orchestre lui feraient oublier, dit-il, de battre la mesure. La formule est élégante, comme sa direction ; très aérienne, puisque tout passe par ses doigts, ses mains, ses bras, qui ondulent autour de lui. Le Prélude à l’après-midi d’un faune sonne comme un rêve éveillé, avec cette part de féérie qui vous emmène chez Debussy dans un monde si lointain, si imaginaire. Des tapis de cordes soutiennent constamment de magnifiques solistes, dont la flûtiste Magali Mosnier et le harpiste Nicolas Tulliez, pour ne citer qu’eux.

Entre le Prélude et Petrouchka, l’Orchestre philharmonique de Radio France invitait le soliste violoncelliste Sheku Kanneh-Mason dans le Concerto pour violoncelle et orchestre d’Edward Elgar. Le violoncelle est élégamment fondu dans l’orchestre ; le jeu du soliste est plutôt introspectif au début. Est-ce l’acoustique feutrée de la salle qui, depuis le dernier balcon, nous a parue à certains moment avoir du mal à faire ressortir pleinement le jeu du soliste ? Il faut dire que Kanneh-Mason semble avoir privilégié un jeu plutôt cantabile que véritablement âpre, notamment dans le deuxième mouvement. Au risque de nous laisser un peu sur notre faim dans le 4e mouvement.

La Phantasy-Quartet de Benjamin Britten invite quatre solistes de l’orchestre: Karine Jean-Baptiste au violoncelle, Julien Dabonneville à l’alto, Aurore Doise au violon et Olivier Doise au hautbois. Élégante construction musicale qui met en valeur chaque instrumentiste: on apprécie le hautbois chantant, enveloppé dans des cordes tantôt inhibées de caractère, tantôt plus « silencieuses », voire mystérieuses.

Stravinsky écrit, dans Souvenirs de ma vie, ses intentions autour de l’oeuvre de Petrouchka: « Je voulus me divertir à une partition orchestrale où le piano jouerait un rôle prépondérant. (…) J’avais nettement la vision d’un pantin subitement déchaîné, qui par ses cascades d’arpèges diaboliques exaspère la patience de l’orchestre, lequel à son tour lui répond par des fanfares menaçantes. Il s’ensuit une terrible bagarre qui, arrivée à son paroxysme, se termine par l’affaissement douloureux du malheureux pantin. Ce morceau bizarre achevé, je cherchai pendant des heures (…) le titre qui exprimerait en un seul mot le caractère de ma musique, et conséquemment la figure de mon personnage. Petrouchka ! L’éternel et malheureux héros de toutes les foires, de tous les pays ! ».

De fait, le chef Santtu-Matias Rouvali et l’orchestre abordent la partition pour ce qu’elle est: un divertissement, avant même peut-être d’être une musique de ballet. Lequel est d’ailleurs, de nos jours, très rarement donné. C’est bien dommage car la partition recèle d’infinies nuances et, là aussi, de fantaisies musicales incroyables. Le tempo est peut-être légèrement plus lent que certaines versions au disque, mais rien n’est pesant pour autant ; tout est incroyablement léger, et les quatre temps de l’histoire s’enchaînent avec beaucoup de fluidité.

« Sur la place » dévoile un éventail de personnages imaginaires rocambolesques, parfaitement caractérisés dans leurs mouvements par des solistes investis et musicaux jusqu’au bout des doigts (écoutez la flûte de Magalie Mosnier !). Atmosphère inquiétante « Chez le Maure » (brillante partition des vents –  la trompette d’Alexandre Baty ! – et de la pianiste Catherine Cournot qui distille ses quelques notes farouches). « Sur la place » est une évocation plus lyrique, où le merveilleux s’exprime davantage avec toute l’énergie orchestrale qu’il faut.

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