« Don Giovanni », à l’Opéra de Nice: Mozart, drap d’ssus drap d’ssous

La deuxième mise en scène de la trilogie de Da Ponte par Daniel Benoin s’inscrit dans une certaine tradition des premières représentations documentées de l’œuvre. Et même si un problème technique d’un vidéo projecteur, le soir de la représentation, n’a pas permis au metteur en scène de présenter son travail dans son intégralité, cela ne nous a pas empêché d’apprécier le dispositif scénique. 

Comme en 1905 à la Hofoper de Vienne, le metteur en scène comprime les successions de scènes en une unité de lieu : la chambre à coucher de Don Giovanni, symbolisée par un lit démesurément grand. Deux grand portes de chaque côté de la scène permettent aux chanteurs d’aller et venir. Un plateau élévateur sous le drap transforme une partie du lit en table à manger dans la scène finale ; le drap faisant aussi office de nappe. Des rideaux coulissants séparent la chambre à coucher du fond de scène, qui sert tantôt de salle de bal ou de jardin. Ce dispositif présente entre autre avantage d’alterner les scènes d’ensemble avec cœur et les scènes plus intimes. Outre les très beaux costumes signés Nathalie Bérard-Benoin, un soin particulier a été apporté aux éclairages (jeu de contrastes entre la lumière et l’obscurité).

Du côté des femmes, tout d’abord, la Donna Elvira d’Alessandra Volpe est sans doute la plus attachante. Dès son premier air (« Ah chi mi dice mal »), la soprano italienne installe le caractère dominant de son héroïne: femme meurtrie par l’inconstance de Don Giovanni. Son phrasé élégant éclaire avec d’autant plus d’intérêt son courroux (les « r » distillent l’image d’une femme au caractère bien trempé). Natalya Pavlova, ensuite, campe une Donna Anna assez digne. Dans un registre moins grave qu’Alexandre Volpe, la voix de la soprano russe semble surtout moins charpentée. De fait, elle paraît un peu en retrait par rapport à Donna Elvira, d’autant que la souplesse nous semble faire défaut dans le registre aigu de sa tessiture. Plutôt bonne technicienne, l’émission de son timbre donne parfois l’impression d’être sur la retenue, au risque, comme dans « Era già alquanto », d’être une Donna Anna neutre et sans personnalité. Dans son dernier grand air (« Crudele ! Ah no, mio ben »), la soprano russe affiche néanmoins une plus grande sincérité dans ses intentions. Enfin, la Zerlina de Veronica Granatiero est une paysanne des plus naturelles. Son timbre fruité et coloré s’accorde parfaitement au caractère piquant du personnage. 

Côté hommes, le jeune Andrei Kymach a la voix de baryton qui convient au rôle de Don Giovanni, mais sans le « sex-appeal » inhérent à sa personnalité. Son interprétation scénique nous paraît en effet bien sage au regard du cynisme du héros mozartien. Certaines interprétations scéniques laissent même perplexes : pourquoi faire courir, dans la confrontation finale avec le commandeur, Don Giovanni d’un bout à l’autre de la chambre alors qu’il est censé ne pas avoir peur ? De même, caresser le bas de jambe de Donna Anna avec l’entrain d’un jeune puceau de 18 ans peut prêter à sourire. En outre, un supplément de conviction dans la déclamation (en particulier dans « Là ci darem la mano ») n’aurait pas nui à la crédibilité du personnage. Mirco Palazzi possède une bonne voix de basse pour chanter Leporello. Il prend à cœur son rôle, sans pour autant s’étendre sur le côté comique du personnage. Son air du catalogue est chanté avec un certain sérieux. Matteo Falcier, en Don Ottavio, possède une voix claire, un timbre intelligible quoique sonore. Quant à Daniel Giulianini, il campe un Masetto de premier ordre, et forme un beau duo avec Zerlina : la basse italienne ne manque absolument pas d’entrain sur le plan scénique comme vocal. Sa très belle diction italienne suit parfaitement la musicalité de la partition. Enfin, la basse géorgienne Ramaz Chikviladze, qui chante depuis la coulisse la scène finale du Commandeur, a le ton juste de la déclamation, dans un style empreint de noblesse et d’autorité.

À la direction, György Ráth, accompagné au continuo sur scène par Anthony Ballantyne, évite les tempi trop lents, tout en veillant à un certain équilibre entre la fosse et le plateau. L’Orchestre Philharmonique de Nice rend brillamment compte, tout particulièrement dans l’avant dernière scène, de l’intensité funèbre de l’action. 

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