À l’Opéra de Liège, Marco Vratogna et Tiziana Caruso ont l’étoffe des grands interprètes de « Tosca »

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Pour cette Tosca liégeoise, Marco Vratogna et Tiziana Caruso incarnaient Scarpia et Floria dans deux distributions. Ils ont l’étoffe des grands interprètes, d’où notre seul regret de ne pas les avoir entendu chanter ensemble.

Marco Vratogna, tout d’abord, connaît bien le rôle pour l’avoir déjà joué plus de 250 fois ; il campe un Scarpia plus despotique que jamais. Les moyens vocaux du baryton italien sont à la hauteur du rôle : son timbre se déploie avec force et autorité. Sa diction italienne, intelligemment ciselée, lui permet de nuancer chaque inflexion de sa personnalité : feignant la douceur, lorsqu’il s’agit d’amadouer Floria, ou vitupérant: « Ha più for te sapore la conquista violenta » à l’acte II, avec l’accent bien marqué sur « conquista ». Par ailleurs, son investissement scénique se distingue par une économie des déplacements, qui rend explicite les pensées du chef de la police.

Le Scarpia d’Elia Fabbian contraste avec celui de Vratogna : l’homogénéité de son timbre et sa noirceur plus renfermée lui permettent de jouer peut-être davantage sur le crescendo de l’action dramatique. Mais, dans l’ensemble, ses intentions expressives n’apparaissent pas toujours aussi clairement, compte tenu par ailleurs d’un phrasé italien un peu plus relâché.

Virginia Tola dépeint une Floria Tosca plus jalouse qu’amoureuse, comme l’on s’en aperçoit particulièrement à l’acte I. Son appropriation, parfois désordonnée, de l’espace scénique semble traduire le caractère plus volatile que pieux de son héroïne ; sa manière très cavalière de s’agenouiller sur le prie-Dieu le laisse en tout cas penser. En outre, la soprano argentine possède un timbre acidulé, voire métallique. Or, l’insuffisante présence de médiums et les aigus imparfaits de la soprano ne lui permettent pas de trouver toutes les ressources vocales nécessaires pour exister sur le plan émotionnel. Dans ces conditions, son « Vissi d’Arte » (chanté couchée sur la table…) passe à l’as.

La Floria Tosca de Tiziana Caruso se démarque nettement de sa conseur. D’abord sur le plan dramatique, avec une grande finesse de jeu (comme Vratogna, chaque geste ou regard accompagne ses pensées). Sur le plan vocal ensuite. Son intelligence du chant la rend sensible, dans les moments qui exaltent l’amour (dans « Non la sospiri, la nostra casetta » et « Vissi d’Arte », d’où elle retire toute la substantifique moelle poétique) ou à l’acmé de sa jalousie (dans « Dove son ? Potessi coglierli, i traditori. Oh qualsospetto ! », Caruso trouve l’accent dramatique le plus juste).

Face à Caruso et Vratogna, les deux Cavaradossi d’Aquiles Machado et de Marcello Giordani ont un peu de mal à rivaliser. Tous les deux ne déméritent pas : le premier a de la vaillance, mais son timbre clair et très directif ne permet pas toujours d’apprécier les tensions psychologiques du personnage. L’endurance ne manque pas non plus pour Marcello Giordani. La prestation du ténor italien semble gagner en souplesse au cours de la représentation, et son « E lucevan la stelle » exalte, dans un beau style languissant, un parfum stellaire et contemplatif surprenant. Enfin, voix chaude et cotonneuse, la basse Laurent Kubla sert comme il faut le rôle du Sacristain.

L’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie propose une interprétation très lisible du drame puccinien. Le chef Gianluigi Gelmetti privilégie parfois des tempi très lents, notamment dans « Recondita armonia » et « E lucevan la Stelle » (au risque de mettre en porte à faux les deux ténors). Néanmoins, ce choix confère au tout début de l’acte III un caractère on ne peut plus contemplatif.

Le choix des lumières de la metteuse en scène Claire Servais se marient parfaitement avec les couleurs orchestrales. Tout en privilégiant une lecture classique de l’oeuvre, les éclairages soulignent d’autant mieux les éléments dramatiques (la lumière blanche et aveuglante qui s’échappe de la pièce de torture) et poétiques qui irriguent la partition.

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